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Ada Lovelace, une pionnière de l'informatique
Nous avons rencontré l’une des pionnières du domaine dans l’un de nos derniers articles autour de l’histoire de l’informatique, qui a travaillé avec un certain Charles Babbage, sur sa machine à différences dans un premier temps, puis sur sa machine analytique.
Je vous présente la Duchesse de Lovelace, ou plus simplement Ada Lovelace.
Les mathématiciens ont été les premiers à tenter de créer des machines capables de calculer à leur place, mais il ne s’agissait que des prémisses de ce qu’on appelle aujourd’hui l’informatique. Ces prémisses de l’informatique, nous les devons en partie à cette femme remarquable, dont les travaux ont marqué l’histoire.
Une voie toute tracée vers les mathématiques
Si Blaise Pascal a manifesté son génie précocement, il n’est pas le seul à l’avoir fait. Ada Lovelace n’est pas en reste, elle non plus. Fille du poète britannique Lord Byron, qui l’a abandonnée ainsi que sa mère, son appétence pour les mathématiques semble avoir une origine sujette à controverse. Tantôt présentée comme volonté d’éloigner Ada des démons des arts et des lettres en réaction à son père, tantôt présentée comme née d’un goût marqué pour les mathématiques de sa mère, toujours est-il que la jeune Ada montre des dispositions certaines dans le domaine.
Une première rencontre avec Babbage
Ada rencontre Charles Babbage à l’âge de 17 ans, mais ne travaillera pas avec lui tout de suite. Rattrapée par les obligations dues à son rang, elle interrompra ses travaux pendant quelques années (mariage, enfants etc.), avant de travailler sous la tutelle de De Morgan. Ce dernier n’est pas un inconnu quand on fait du développement, car il est à l’origine des lois de De Morgan, qui servent à transformer des combinaisons de conditions liées par des “ou” en combinaisons de conditions liées par des “et”, généralement plus facilement compréhensibles.
Pour de plus amples explications sur De Morgan, Wikipedia est votre ami 😅 (spoiler alert, vous vous exposez à recevoir une dose de mathématiques potentiellement létale pour certains d’entre vous).
Les travaux fondateurs
Après quelques années loin des mathématiques, Ada Lovelace se tournera à nouveau vers la machine analytique. Suite à la présentation de ses travaux devant un congrès de scientifiques italiens, elle aura pour tâche de traduire en anglais l’article d’un autre scientifique, Luigi Menabrea.
Une année lui sera nécessaire, mais elle ne se contentera pas d’une traduction. Elle joindra à sa traduction sept notes, deux fois plus volumineuses que l’article initial. L’approche d’Ada Lovelace vis-à-vis de la machine analytique diffère de celle de Babbage, car celle-ci envisage la machine comme une machine programmable, capable de traiter à la fois des nombres, des lettres ou des symboles. Babbage, lui, restera sur une idée purement calculatoire de cette machine, sans envisager le reste.
Babbage la décrira comme ceci dans une lettre à Faraday : “une enchanteresse qui a consacré ses pouvoirs magiques à la plus abstraite des sciences, s’y employant avec une énergie que peu d’intelligences masculines (du moins dans notre pays) y ont consacrée.”. Un bel hommage à une époque à laquelle la place de la femme était à des années-lumière de ce qu’elle est de nos jours.
La première programmeuse ?
Traduire un article et l’étoffer avec des notes volumineuses, c’est bien, mais ce n’est pas suffisant pour être qualifiée de première programmeuse de l’histoire.
Pour mieux comprendre, il faut se pencher sur le contenu des notes ajoutées par Ada Lovelace au fameux article évoqué plus haut. La septième et dernière note contient un véritable trésor pour l’histoire de l’informatique à mes yeux, à savoir le premier algorithme permettant de calculer les nombres de Bernoulli, que vous pouvez voir ci-dessous.

La machine analytique n’ayant jamais été construite, Ada Lovelace n’a pas pu tester son algorithme dessus, néanmoins ce dernier a été depuis traduit pour être exécuté sur une machine moderne. Il a été relevé un “bug” (le premier bug informatique de l’histoire ?) lié à un problème de typographie.
Quand on décortique cet algorithme, on retrouve les ingrédients que tous les développeurs utilisent depuis :
- une séquence d’étapes (opérations arithmétiques)
- une mémoire avec des emplacements
- des variables d’entrée et de sortie
- des boucles conditionnelles
Au-delà de cet algorithme, il faut noter qu’Ada Lovelace entrevoyait comment une machine pourrait traiter non plus uniquement des chiffres mais aussi des caractères (lettres, symboles). Cette vision vient asseoir plus encore le fait qu’on la considère comme la première programmeuse de l’histoire.
Une carrière de courte durée
Sa santé, fragile, l’obligea à se détourner des mathématiques et à tester toutes sortes de traitements sur son corps. Elle s’intéressait à la neurologie, et semblait avoir pressenti que notre cerveau avait un fonctionnement qui pouvait avoir des similitudes avec le fonctionnement d’un ordinateur.
Si son intérêt pour les mathématiques s’est éveillé tôt, sa vie ne lui a pas permis de travailler longtemps sur le sujet. Elle décèdera d’un cancer en 1852 à l’âge de 36 ans.
Malheureusement pour elle et pour l’histoire de l’informatique, comme beaucoup de travaux effectués par des femmes, ses travaux furent perdus de vue pendant près d’un siècle, jusqu’à ce que quelques mathématiciens du XXème siècle, dont un certain Alan Turing, ne redécouvrent ses travaux.
Conclusion
On peut imaginer bien des futurs possibles en envisageant l’ampleur des travaux d’Ada Lovelace si elle avait eu le loisir de les poursuivre des décennies durant. La machine analytique de Babbage aurait peut-être pu exécuter ses premier calculs dès la première moitié dun XIXème siècle, propulsant l’informatique dans ses premières aventures.
La carrière d’Ada Lovelace montre en tout cas que ce n’est pas le volume de recherches que l’on produit qui compte, mais plutôt leur caractère novateur qui les caractérise. La place de la femme ayant évolué depuis les années 1850, on trouve parfois son nom dans des lieux liés aux sciences, un langage informatique porte son nom (Ada), et bien d’autres références lui sont faites un peu partout dans le domaine de l’informatique.
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